Les exercices de Kegel originaux tels qu’ils étaient élaborés et pratiqués par Dr Arnold Kegel contiennent trois principes fondamentaux. En occultant au moins un des trois, les résultats obtenus – la tonicité du périnée et les bienfaits pour la santé et la vie sexuelle – ne seront pas optimales.

Bio-feedback dans les exercices de Kegel

La première fonction du périnéomètre de Kegel est d’assurer un retour instantané sur la qualité de l’effort musculaire du périnée. En observant l’aiguille du manomètre de l’appareil de musculation du périnée, la patiente est informée sur  l’intensité et la durée des contractions.

Périnéomètre de Kegel, marque VagitonAu cours de sa pratique gynécologique, le Dr Kegel a pu collecter de vastes données sur la performance moyenne des patientes et établir une grille de comparaison.  Selon ses critères, le périnée est affaibli si la différence entre la pression de départ (lorsque les muscles du périnée sont relâchés) et le point maximal – le niveau de pression indiqué par l’aiguille du manomètre au cours de la contraction musculaire, est égale ou inferieure à 5mm/Hg. La différence de pression entre le point de départ et le point maximal de 20-30 mm/Hg  témoigne d’un bon tonus musculaire. Les performances supérieures indiquent un périnée fort.

Autrement dit, le manomètre est un moyen de mesure objective de la force des contractions du plancher pelvien. Son utilisation permet également de noter l’amélioration des résultats au fil du temps. En plus, c’est un facteur de motivation très important : le fait de savoir qu’aujourd’hui on a des résultats meilleurs qu’il y a une semaine incite à suivre un plan d’entraînement régulier. « Au cour de la pratique, la patiente est motivée par créer une pression plus importante, faire monter l’aiguille de quelques millimètres au-dessus de ce qu’elle a peut faire avant. Il convient d’enregistrer ses performances et de les comparer dans le temps ».

Les appareils modernes offrent  des mesures encore plus précises de la force des contractions musculaires du périnée. Il s’agit, par exemple, de l’appareil Laser Vagiton, idéal pour les débutantes. Grâce à son système ingénieux basé sur la projection d’un point lumineux indiquant la performance, les débutantes peuvent observer toute contraction, quelle que minime qu’elle soit.

Le principe de résistance dans les exercices de Kegel

L’utilisation du principe de résistance à la contraction musculaire du périnée est un fondement de la méthode de Kegel. Le plancher pelvien se contracte autour d’une gaine légèrement gonflée du périnéomètre. L’air comprimé résiste à la contraction, un effort musculaire de plus en plus important est nécessaire pour faire monter l’aiguille du manomètre de plus en plus haut.
Dans le milieu scientifique, les chercheurs semblent être d’accord que maintenir le tonus des muscles du plancher pelvien c’est prévenir les risques gynécologiques tels que les fuites urinaires, la béance vaginale ou la descente d’organes [1]. Cependant, le consensus n’est pas atteint quant à l’utilité d’appareils facilitant les exercices.

Il existe quelques études cliniques [2] prouvant l’efficacité du principe de résistance. Un programme d’entraînement avec appareil de musculation du périnée basé sur le principe de résistance à la contraction a été comparé à un protocole sans accessoires, recommandé par l’Institut National de la Santé et de l’Excellence Clinique (NICE). Ce dernier recommande d’effectuer 2-3 séries de 8 contractions trois fois par jour. Pendant 16 semaines, un groupe de patientes choisies aléatoirement utilisaient l’appareil à son niveau de résistance minimal. Elles effectuaient quotidiennement l’exercice suivant : contracter le périnée 5 fois rapidement et ensuite 5 fois lentement. L’autre groupe suivait le programme NICE. L’étude a conclu que l’appareil a aidé les femmes à identifier leur périnée et assurait une efficacité des résultats dans le temps.

Exercices de Kegel : quelle intensité de l’entraînement ?

En consolidant les résultats de sa pratique médicale avec des milliers de femmes, Arnold Kegel recommandait un plan d’entraînement quotidien très intense. Les exercices de Kegel avec le périnéomètre devaient être réalisés en format de séances quotidiennes de 20 minutes 3 fois par jour. Pendant 20 minutes, les patientes réalisaient jusqu’à 300 contractions, avec la résistance.
L’association britannique des physiothérapeutes préconise le format suivant : « Contracter le périnée au maximum, retenir la contraction pendant  10 secondes. Relâcher pendant 10 secondes. Répéter 10 fois. Ensuite, effectuer 10 contractions rapides ». Il n’y a pas d’indication d’utiliser un accessoire quelconque. Il n’existe pas d’explication pourquoi et comment on a abouti aux préconisations de contracter 8 ou 10 fois. En absence de preuves contraires, nous pouvons supposer que cette décision a été arbitraire. Des études cliniques récentes ont tendance à conclure que le programme le plus efficace doit être personnalisé. L’idée est de corriger l’intensité des entrainements (augmenter ou diminuer si nécessaire) en fonction du progrès de la patiente  [1].  La communication faite par Prof. Paul Abrams et ses collègues faite lors du 3ème Congrès International sur l’Incontinence 2005 va aussi dans ce sens : « Il n’est pas clair quels sont les paramètres les plus efficaces. Chercheurs et cliniciens devraient se référer aux donnes physiologiques afin de proposer des programmes d’entrainement ».

La cohérence de l’approche du Dr. Kegel a été prouvée par les résultats obtenus par ses patientes. Dans ces publications scientifiques, le gynécologue documente que 93% des 300 patientes présentant les fuites urinaires dues au relâchement du périnée ont guéri après avoir suivi son protocole. En revanche, l’efficacité des approches qui excluent au moins un de ces trois principes (i.e. sans respecter le principe de résistance, sans objectifs quantifiables) n’est pas prouvée.
La conclusion que nous pouvons en tirer est la suivante : faute de preuves contraires, il convient de suivre les recommandations du Dr. Kegel en respectant les trois principes fondamentaux des exercices de Kegel.

Sources :
[1] Andrea Marques,  Lynn Stothers,  Andrew Macnab “The status of pelvic floor muscle training for women”, Can Urol Assoc J. 2010 Dec; 4(6): 419–424.
[2] Delgado,  White, Trochez, Drake « A randomised controlled trial of the PelvicToner Device in female stress urinary incontinence », Int Urogynecol J. 2013 Oct;24(10):1739-45