Partie 1 : Méthode contre l’incontinence urinaire

Dans les années 1940, le gynécologue américain Arnold Kegel a étudié le mécanisme de l’incontinence urinaire chez les femmes ayant accouché. Il a conclu que la cause résidait de la faiblesse du sphincter urétro-vaginal et des muscles du périnée dans son ensemble (voir l’image). Pour lui, la solution résidait dans la rééducation et la tonification de ces muscles. Pour une rééducation efficace, Dr. Kegel a inventé un appareil spécifique, connu sous le nom d’appareil de Kegel.

Diaphragme uro-génital

Diaphragme uro-génital

Exercices de Kegel : l’information erronée devenue « mainstream » de l’Internet !

Aujourd’hui, Internet abonde en références aux exercices de Kegel. En effet, il est difficile de surestimer leur importance pour traiter l’incontinence urinaire et/ou pour rétablir le fonctionnement normal des organes sexuels après l’accouchement (la tonicité et la sensibilité du vagin). Souvent, les pages web donnent une description plus ou moins exhaustive de ces exercices. Dans la plupart des cas, le texte est très semblable ; il est fort probable que les auteurs de ces pages copient les uns sur les autres. La réalité est que l’information, devenue « mainstream » à cause de ces pratiques de plagiat, est très approximative, voir erronée !

D’une manière générale, Dr. Kegel n’a pas accordé beaucoup d’importance à la description des exercices en tant que tels. Ils peuvent varier selon les besoins de la patiente, comme tout programme de tonification de n’importe quel muscle.

L’auteur soulignait l’importance de trois facteurs :

  • exercices réguliers du périnée, pratiqués en autonomie
  • la charge des muscles du périnée par le principe de résistance à la contraction (chambre gonflable de l’appareil de Kegel, insérée dans le vagin)
  • Suivi du travail des muscles du périnée avec un feedback (les mouvements de l’aiguille du manomètre de l’appareil de Kegel)

A quoi servait l’interruption de la mixtion ?

Dans l’Internet pour le grand public, les exercices de Kegel sont souvent associés à l’arrêt de la mixtion. En effet, Kegel le mentionnait dans ces travaux. Il le considérait comme un simple moyen d’identification des muscle bulbo-caverneux et pubococcygien, mais proposé seulement aux femmes ayant des muscles suffisamment toniques.L’interruption du jet d’urine n’active que la partie superficielle des muscles du périnée (le muscle bulbo-caverneux et le muscle pubococcygien). Il est important de comprendre que Kegel insistait sur l’entrainement de l’ensemble des muscles du plancher pelvien.

Le périnée est constitué d’un ensemble complexe de muscles, dont on peut distinguer la partie superficielle (muscle bulbo-caverneux, le sphincter anal et le muscle transverse) ainsi que la partie profonde (le releveur de l’anus qui lui-même est composé de 5 faisceaux musculaires dont le muscle pubococcygien), voir l’anatomie du périnée. En outre, l’arrêt de la mixtion, pour identifier « le bon muscle » ou pour « remuscler le périnée » n’est donc qu’une description trop sommaire et hâtive des exercices de Kegel. En somme, l’arrêt de la mixtion n’a jamais été un outil de l’entrainement « standard », à l’opposé des affirmations sur de nombreux blogs et sites féminins.